Cours et Animations




[9 juillet 2017]

Séquence de cours : « Des personnages entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair » Emile Zola, Thérèse Raquin
Groupement de textes sur le corps dans les récits réalistes et naturalistes au XIXe siècle

Niveau conseillé : seconde générale et technologique
Objet d’étude : le récit (les récits réalistes et naturalistes au XIXe siècle, roman et nouvelle)

Je n’aime pas le mouvement culturel du réalisme. J’ai peiné à finir Le Père Goriot, j’ai dû m’y reprendre trois fois pour achever Madame Bovary, je n’ai jamais réussi à terminer Le Rouge et le noir. On reproche souvent aux auteurs de cette période les descriptions interminables. Lorsque je prévois mes cours pour cet objet d’étude en seconde, je prends donc en compte que mes élèves ne seront forcément pas touchés par les mêmes choses qu’un étudiant en lettres modernes.


Par ailleurs, j’adore les naturalistes, et ce, depuis que je les ai découverts au lycée. Il y a quelque chose d’à la fois enthousiasmant et savoureux dans leur façon de remuer la boue et le stupre, et de plonger dans la bile noire des affres de leur société. Ce qui me plaît chez eux, c’est le concret. Plus il y a de détails sales, plus je m’éclate. Il y a trois ans de cela, un collègue de français m’avait fait complètement rêver avec une séquence sur le corps des femmes dans Zola. Aussitôt avaient surgi dans mon esprit la nudité quasi divine de Renée Saccard, les premières règles de Catherine Maheu et le cadavre de Nana en décomposition.
J’avais envie d’y ajouter deux choses : des corps masculins, et des auteurs réalistes. Comme ma deuxième séquence sur ce thème est déjà un peu à la marge des programmes, il fallait que je balaie le maximum d’enjeux dans cette séquence.


En introduction, pas d’auteurs au programme

Ou du moins, pas au programme de cet objet d’étude en particulier. Je profite de l’excuse « histoire des arts » et « œuvres complémentaires » pour aborder des textes que j’adore, mais qu’on n’étudie pas en principe en seconde. La première séance de cours est donc consacrée à une histoire de l’art littéraire, et à la description du corps en littérature.
On commence en douceur, avec un blason du XVIe siècle, par exemple le « Blason du beau sourcil » de Maurice Scève. Cela permet d’introduire le corps féminin comme objet d’admiration et d’amour. On fait donc découvrir ce genre poétique qui consiste à choisir un détail et à le décrire précisément de manière élogieuse et méliorative :

Sourcil tractif en voûte fléchissant
Trop plus qu'ébène, ou jayet noircissant.
Haut forjeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe ou de mort, ou de mieux.

Ensuite, on range les violons et les jolies fleurs, et on passe à quelque chose d’un peu plus complexe, mais aussi de plus truculent : l’accouchement de Gargamelle dans Gargantua (1535), de François Rabelais. Après qu’on a évoqué la spécificité du genre narratif, et le fait que Rabelais était médecin, on peut donc introduire la naissance du personnage principal, qui au lieu de sortir par le vagin, remonte dans le corps de sa mère et sort par son oreille. Un dialogue avec les élèves (« Est-ce plausible ? » « Pourquoi ce choix alors que Rabelais connaît bien l’anatomie humaine ? » « Quelle est la différence entre la tête et le bas corporel ? ») permet d’expliquer que la naissance de Gargantua est en fait une élévation vers les choses de l’esprit. Il nait par l’organe qui sert à écouter, et donc à apprendre (et les chapitres suivants dans le livre seront justement consacrés à son éducation).


Enfin, on distribue le sonnet « Vénus Anadyomène » (éventuellement après avoir abordé le tableau La Naissance de Vénus de Botticelli) de Rimbaud :

[…] Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
- Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.

Avec ce tercet final, en principe, je déclenche des exclamations de dégoût dans la classe, et j’introduis la « fascination répulsion » qui est mon objectif. Après les remarques sur le paradoxe de la Vénus vieille et laide, on peut parler du regard d’un homme attiré par la pédérastie sur le corps féminin, et de l’engagement poétique dénonçant les conditions de vie des prostituées au XIXe siècle. Car oui, la femme décrite est une prostituée, malade de la syphilis, d’où l’ulcère mal placé.


Les lectures analytiques, de l’idéel au concret morbide

Comme il s’agit d’une séquence en groupement de textes, et non d’une œuvre complète, mon objectif en lecture analytique est aussi de donner envie aux élèves d’aller explorer les récits abordés. Je profite de l’absence d’examen à la fin de l’année pour ne pas soumettre mes élèves à la grande tragédie des études littéraires : je ne leur révèle jamais la suite de l’histoire (sauf bien sûr dans le cas des extraits tirés des derniers chapitres). Vous voulez savoir la fin ? Le roman est au CDI.


A partir de là, voici des suggestions de commentaires en classe.
Le corps de Raphaël brisé par l’abattement dans La Peau de chagrin permet de mettre une touche de Balzac. Il est d’apparence jeune, mais déjà soumis à la tragédie, car il sait qu’il va mourir lorsque la peau d’onagre magique qui exauce ses désirs sera réduite à néant. De fait, son attitude est celle d’un vieillard. Tout le mouvement de la description fait qu’il est attiré vers le bas.
La mort d’Emma dans Madame Bovary, est l’occasion de montrer que les réalistes représentent leur société (un archétype de chaque profession du village est présent à son agonie), et ses défauts (tous détournent la tête pour ne pas voir l’échec, et l’extrême onction est inutile). On en profite pour souligner et expliquer la violence du texte : les spasmes de la suicidée font presque penser à un exorcisme. S’agit-il de Flaubert vomissant l’hypocrisie de son siècle ?
On passe ensuite aux naturalistes, avec l’accouchement de Jeanne, dans Une Vie de Maupassant. Cet extrait permet de faire le lien avec le texte de Rabelais. De la naissance extraordinaire de Gargantua, on passe aux contractions douloureuses pour le corps et l’âme de l’héroïne naturaliste, qui doit affronter à la fois l’enfantement et l’adultère de son mari.
Enfin, on peut analyser la description des restes pourrissant de Nana dans le roman éponyme. On en profite pour introduire ou rappeler la définition du registre fantastique (la flamme qui éclaire le visage de la morte semble bouger toute seule), et la maladie dont la prostituée parisienne est morte permet de parler de l’ambition scientifique du naturalisme.

En devoir sur table de fin de séquence, on peut donner des questions d’analyse sur l’accouchement d’Adèle dans Pot-Bouille de Zola, ce qui permet de faire faire des rappels sur les textes de Rabelais et de Maupassant, en plus des définitions des mouvements littéraires à retenir.


Etudes complémentaires et lectures cursives : en chantier

J’ai déjà parlé des œuvres littéraires qu’on peut lire en complément avec les élèves. En milieu de séquence, on peut aussi faire de l’histoire de l’art pictural, et voir comment, en parallèle de la littérature, on passe d’un corps idéalisé (La Naissance de Vénus de Botticelli, La Source d’Ingres…) à un corps au travail (Les Glaneuses de Millet) ou avec des défauts (La Source de Courbet). Evidemment, L’Origine du monde de Courbet est également faisable. Personnellement, je ne suis pas touchée par ce tableau, et je ne saurais pas comment le commenter avec des élèves. Si j’ai le temps de parler de photographie, je termine sur Le Violon d’Ingres de Man Ray. Il est possible que la prochaine fois que je reconstruirai cette séquence de cours, je prenne des idées dans l’article « Une histoire de l’art, vue du corps » de Fly.




J’aimerais également tester le fait de faire lire Thérèse Raquin, mais je crains que ce ne soit un peu long, surtout pour une séquence que je place généralement en début d’année. Jusqu’à présent je leur faisais choisir une nouvelle dans un recueil de Zola fait par les éditions Hachette, dans la collection « Biblio lycée », mais je ne suis pas vraiment satisfaite de cela non plus. Si quelqu’un a une idée, les commentaires sont là.


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Animation : Le rythme des activités, le nerf de la guerre

Le rythme, c'est quoi ? Quel rythme adopter ?

On parle beaucoup, entre animateurs, en préparation de séjours, en réunion, etc. du " rythme " des activités, parfois du rythme du séjour ou de la journée. Dans une animation, le rythme va être le niveau d'intérêt et d'action des enfants. Quand on commence tout juste un jeu, par exemple, il s'agit de les éveiller à l'imaginaire choisi, de les faire rentrer dans la partie. D'autre part, il s'agit aussi d'adapter leur investissement physique (en faisant un échauffement par exemple, ou en leur expliquant les règles). A l'inverse, quand on est au beau milieu de l'activité, ils ont compris qui sont les personnages qui sont avec eux, tentent de les aider ou de lutter contre eux, et sont en train de courir partout, pour un grand jeu d'après-midi par exemple.

Le rythme peut être représenté en gros par une courbe :

L'évolution du rythme en fonction du temps de l'activité, ne vous fiez pas aux chiffres, c'est juste un exemple visuel.

Cette courbe représente le rythme le plus souvent adopté et préconisé, mais tous les animateurs et directeurs ne sont pas d'accord. J'ai déjà entendu qu'il fallait quelque chose de moins lisse, de moins régulier. Quelque chose qui serait plus proche de la vague. J'ai déjà entendu aussi qu'il était mieux de commencer tout de suite à fond, d'investir au maximum les jeunes, dès le début de l'activité, et qu'ils soient déjà dans un pic important d'investissement dès l'accueil du jeu. Et on m'a souvent dit qu'il valait mieux s'arrêter alors que les enfants s'amusaient bien, dans le cas d'un emploi du temps serré, plutôt que de traîner en longueur et de laisser l'ambiance retomber.
Mon idéal est un peu un mélange de la " courbe " et de la " vague ", quelque chose qui commencerait subtilement, gagnerait en intensité, serait relancé petit à petit par des événements dans le jeu, et se terminerait sur une conclusion et un retour au calme tout en douceur :

Grosso modo ça...


Quel rythme tout au long de l'activité ? L'exemple de la veillée

Pour rappel, une veillée se déroule sur environ une heure et demi, après le dîner. Je laisse de côté la tranche d'âge quinze/dix-sept ans, un peu particulière sur la vie quotidienne du soir.

Il faut donc faire démarrer la courbe en amont, avant le début de l'activité, avec ce qu'on appelle la sensibilisation (ou " sensi " en abrégé). Pour une veillée, elle peut se faire par exemple au goûter, pendant le temps libre de l'après-midi, pendant les douches ou au repas du soir. L'intérêt est de donner envie aux jeunes de participer à l'activité, de leur annoncer par quelques indices l'univers et le type de jeu, éventuellement de leur donner la liste du " matériel " à prendre avec eux (un pull pour une veillée en extérieur par exemple). On fait donc monter d'un cran l'intérêt des enfants, qui va, dans l'idéal, augmenter encore un peu dans les discussions informelles avant le début à proprement parler.

Vient ensuite l'accueil, le moment où les jeunes se rassemblent au début de l'activité. Il faut donc introduire la base des explications du jeu et le lancer de manière à faire " monter la sauce ", et que les jeunes s'amusent bien sur la première partie de soirée. On fait encore monter le rythme d'un cran.


Pendant le déroulement du jeu, le rythme est susceptible de retomber. Dans le cadre d'une courbe " lisse ", on introduira un gros événement en milieu de partie, et on aura un pic d'investissement de la part des jeunes. Par exemple, dans une veillée casino, un braquage peut intervenir, et modifier légèrement les règles pour mixer les stands avec un Cluedo grandeur nature.
Pour éviter que la " sauce " ne retombe, on peut introduire tout un tas de petits événements, de manière régulière. On peut faire intervenir un nouveau personnage, qui sera une adversité ou un adjuvant supplémentaire pour les joueurs, on peut changer légèrement les règles, introduire une faction de traîtres, changer de lieu dans l'imaginaire, etc. Comme souvent en animation, votre seule limite est votre imagination.

Enfin, il faut penser à la conclusion et au retour au calme. Ils sont à anticiper, car ils ne peuvent intervenir brusquement, au beau milieu d'un pic d'excitation et d'agitation. De même, on ne peut pas s'en passer, donc il faut éviter de se retrouver pris par le temps. Quel vœu pieux ! Evidemment, je parle dans l'idéal, mais pour signaler l'un des gros écueils de la gestion du rythme. Il faut penser à annoncer la fin du jeu, les gagnants éventuels, et la fin de la veillée. Si vous estimez qu'une sortie d'imaginaire est nécessaire, c'est le moment de la faire.
Enfin, il faut soigner votre retour au calme : il doit préparer les enfants au sommeil, tout en étant encore le plus ludique et le plus " fun " possible. Un simple temps sur le dos en silence est vraiment un minimum syndical, et très peu intéressant. Je précise que j'ai choisi l'exemple de la veillée parce que sa particularité est justement ce moment si important. Pour des activités en journée, on peut se contenter d'une annonce de résultats et d'une conclusion d'imaginaire. Le soir, il faut aussi préparer le repos, essentiel en colonie, parce que les journées sont longues et intenses.

Dans un monde parfait, le rythme de la veillée continue à redescendre jusqu'au moment du rituel du coucher, dans les chambres. Chaque animateur doit s'assurer que les jeunes se préparent dans le calme et la sérénité à se coucher. Cela passe par de petites choses : tamiser la lumière en n'autorisant l'allumage que des lampes de chevets ou de la salle de bain proche, ne parler qu'en chuchotant... On prolonge la veillée en se racontant ses grands moments : " Et tu as vu quand il a sauté ? Et quand j'ai gagné la course de tortues ? Et quand elle a tiré au laser sur le méchant ? " Et on prend le temps de se retrouver avec un petit moment bien à nous (une histoire du soir par exemple).


A une autre échelle : le rythme du séjour

Le séjour aussi doit avoir à peu près ce rythme en forme de courbe : le planning des activités et le fil rouge imaginaire, s'il y en a un, doivent suivent cette évolution. Dans les meilleurs séjours, ont fait une " sensi " du séjour avec une sorte de " lettre de Poudlard ", qui annonce un peu la couleur à l'enfant, et éventuellement lui dit quoi prendre dans sa valise (en plus des sept t-shirts, shorts et paires de chaussettes habituels).


En milieu de séjour, on place le point d'orgue : grande sortie thématique de toute une journée ou sur deux jours, grand jeu d'une journée, visite de prestataires ou de personnages imaginaires importants, etc.

Et sur les deux ou trois dernières journées, on prépare la fin : c'est le moment de discuter un peu avec les enfants de ce qu'ils vont faire après la colonie, d'où ils rentrent, etc. Ainsi, on leur rappelle en douceur que d'ici quelques temps, ils vont retrouver leur quotidien habituel, leur famille, éventuellement l'école, et on évite l'ascenseur émotionnel, et les trop grands drames des boums de veille de départ. A propos de boum d'ailleurs, s'il n'y en a qu'une dans le séjour, il est mieux de la placer en avant-dernière veillée, surtout pour les plus grands : s'il y a des couples de formés (ou de déformés...), ils ont ainsi une dernière journée à passer ensemble, avant le retour.




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Séquence de cours : Blaise Pascal, Pensées, parcours de lecture autour de la liasse « Divertissement », fragments 123-129 (1670)

Niveau conseillé : premières générales (L-ES-S)
Objet d’étude : l’argumentation (la question de l’Homme dans les genres de l’argumentation)

J’aime me lancer des défis.
Pascal est une lecture difficile, ambitieuse pour des lycéens : ils peuvent se sentir incapables de comprendre, se décourager, trouver cela ennuyant… Mais, quand j’ai le courage, et que j’aime vraiment une œuvre, je cherche le moyen de l’aborder. Et j’aime leur dire que c’est une œuvre difficile, mais que je crois en leurs capacités, et qu’ils sont suffisamment fins et intelligents pour la comprendre. Surtout s’ils manquent de confiance en eux en français.
Mon objectif avec Pascal ? Qu’il y ait au moins une quarantaine de jeunes, sur une classe d’âge, qui n’affiche pas « Le cœur a ses raisons, blablabla » comme statut Facebook au moindre déboire amoureux.



Comment l’aborder alors ?
Pour commencer, je pense qu’il faut éviter de leur donner l’œuvre à lire en entier : elle serait beaucoup trop abrupte et indigeste. De plus, faire un peu de démagogie, et leur faire remarquer qu’on ne leur donne qu’une dizaine de pages, sur plus de trois cents, ne peut pas faire de mal. Je me suis contentée pour ma part de la liasse de fragments sur le thème du « divertissement », et du fragment sur le « pari ».
Ensuite, il ne faut pas hésiter à faire une introduction de séquence un peu longue, avant de rentrer dans l’œuvre. Le but est que les élèves ne commencent pas leur lecture sans avoir bien compris ce qu’était le jansénisme, qui était Blaise Pascal, et quel était son projet en commençant la rédaction des Pensées.
Une première activité possible est de leur faire lire la biographie de Pascal sur plusieurs supports : par exemple, leur manuel, si elle y figure, le Lagarde et Michard du XVIIe siècle, et la description de Chateaubriand dans Génie du Christianisme. A partir de là, à eux d’en extraire ce qui leur paraît important, et de rédiger leur propre courte biographie. On peut souligner à la fois l’enfant ingénieux qu’il était, qui a presque retrouvé tout seul la logique mathématique, sans aucune leçon, et l’adulte pieux et angoissé, destiné à mourir jeune de maladie. Les élèves apprécient généralement ce genre de détail concret, qui donne du « corps » à l’auteur.
Le portrait que j’ai fait figurer sur mon premier article de « Travaux d’écriture » peut aussi être analysé en classe : aux élèves de verbaliser ce que semble être l’activité principale de cet homme. Il est assis à sa table de travail, c’est un auteur, un intellectuel, il pense…
Enfin, il faut distribuer, lire et expliquer plusieurs définitions du jansénisme : un courant religieux du XVIIe siècle, qui s’oppose au jésuitisme, et qui explique que seul Dieu a le pouvoir de choisir ceux qui seront sauvés, et qu’il serait orgueilleux de croire que de bonnes actions sur terre garantiraient un accès au paradis. On peut aussi évoquer Jean Racine, que les élèves ont vu en seconde, et le destin tragique au théâtre, et on peut terminer par Les Provinciales, où Pascal définit et défend lui-même ce qu’est le jansénisme.
Enfin, il faut dire que Blaise Pascal en commençant les Pensées, voulait défendre la religion catholique. De manière officieuse, en précisant bien qu’il ne FAUT PAS dire cela au baccalauréat, on peut expliquer que les Pensées sont une sorte de campagne publicitaire pour la religion catholique.
N’oublions pas d’insister sur le fait que Pascal n’a jamais achevé ses Pensées, qui ne sont que des feuillets, des « fragments » qui ont été agencés par des éditeurs postérieurs, et que l’ordre voulu par l’auteur demeure inconnu.




Séquence 2
La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours


Blaise Pascal, Les Pensées : parcours de lecture autour de la liasse « Divertissement », fragments 123-129 (1670)



- Œuvre complète (parcours de lecture dans la liasse « Divertissement »)

En quoi le divertissement et la vanité montrent-ils la misère de l’Homme ?

Lectures analytiques : trois extraits des Pensées de Pascal (1670)
- FRAGMENT 126, édition Le Guern, Depuis le début du fragment jusqu’à « en garantit »
- FRAGMENT 127, édition Le Guern, en entier
- La pari pascalien : extrait de la « PREUVE PAR LE DISCOURS I », de « S’il y a un Dieu… » à « la perte du néant »
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Lectures complémentaires
- CHATEAUBRIAND, Génie du christianisme, III, 12, 1802
- Extrait de la définition du jansénisme par le Trésor de la Langue Française en ligne
- PASCAL, Les Provinciales, dix-huitième lettre au révérend père Annat, jésuite
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Documents complémentaires, HDA.
- FLANDRIN, Blaise Pascal, mathématicien, physicien et écrivain français, Gravure (1844). (Bibliothèque nationale de France, Paris.)
- Cours sur les vanités : Hans Holbein Le Jeune, Les Ambassadeurs, (1533) ; tableaux et sculpture de Verdoael Adriaen (1692), Pieter Claesz (1628), Nicolas Robinstein XXIe ; Nicolas Regnier, Jeune femme à sa toilette Vanité (1676) et Georges de la Tour, Madeleine aux deux flammes (1625-1650)


- le genre de l’essai
- Le divertissement  et le pari pascaliens
- La vanité en peinture (HDA)
- Eléments biographiques sur Blaise Pascal
- Le jansénisme
La séquence résumée dans le descriptif de bac de mes premières




Les lectures analytiques : c’est quand même de la littérature !
On ne peut pas se passer, dans les explications de texte, d’un long moment de paraphrase. Il faut à tout prix, avant de commencer l’analyse littéraire, que les élèves aient compris le sens. Ensuite seulement, on pourra s’intéresser à la construction argumentative, à la façon dont Pascal agence ses arguments, choisit ses exemples et travaille son style de manière à convaincre le lecteur.
C’est une séquence à faire en deuxième partie de l’objet d’étude « argumentation », après que les élèves auront compris la différence entre argumentation directe (quand l’auteur adresse ses arguments explicitement au lecteur) et indirecte (quand l’auteur passe par la fiction ou la poésie pour faire passer ses arguments de manière implicite, comme dans le théâtre de Molière par exemple). Ainsi, on pourra leur faire remarquer que les Pensées se classent dans l’argumentation directe.

Pascal Descartes au Théâtre de Poche

Et en parallèle, les autres séances de cours ?
Pour aider les élèves à comprendre le « divertissement pascalien », on peut faire une séance d’histoire des arts sur les vanités, du XVIIe siècle à nos jours. L’enjeu est qu’ils sachent que le divertissement ce n’est pas simplement ce qui amuse et ce qui fait plaisir, mais tout ce qui occupe l’esprit de manière à lui éviter de penser à la mort, y compris le travail, la guerre, la politique… Donc, les vanités représentant les nations en négociation (Les Ambassadeurs de Holbein) sont aussi intéressantes que celles symbolisant la musique, l’écriture et les voyages. On peut finir par les sculptures de Robinstein, dans lesquelles même Mickey est voué à la mort.
Si vous avez le temps, ou que vos élèves sont motivés, vous pouvez aborder l'excellente pièce Pascal Descartes, de Jean-Claude Brisville. Les deux intellectuels se seraient rencontrés à une seule occasion, alors que Descartes était en fin de vie. Brisville imagine la teneur de cet entretien, dont nous n'avons aucune trace. Si vous pouvez assister à une mise en scène, c'est encore mieux. Vos élèves auront le plaisir  de retrouver des citations étudiées en cours. Et cela les préparera à leur terminale en philosophie.
Le thème de l’argumentation est le moment idéal pour aborder la méthode de la dissertation. Or, l’un des fragments de Pascal illustre parfaitement l’intérêt de cet exercice :

Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu’il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse.[1]

On peut expliquer aux élèves que la première partie de la dissertation, c’est le moment d’envisager le sujet comme l’adversaire, et la deuxième est le moment de lui montrer le point de vue selon lequel sa « vérité » est fausse.

Sources et documents utiles :
Je m’inspire énormément pour cette séquence d’une formatrice et enseignante de l’ESPE de Lyon : https://www.apologos.org/s%C3%A9quences/argumentation/pascal-les-pens%C3%A9es/
Elle-même recommande ce site universitaire très bien documenté : http://www.penseesdepascal.fr/index.php
Vous pouvez, de manière officieuse, parce que le langage est cru, et la source non reconnue, envoyer vos élèves voir les vidéos de Cyrus North sur le divertissement et le pari, car les explications sont assez claires : https://www.youtube.com/user/LeCoupdePhil




[1] Fragment 9 de la section 1 sur « l’esprit et le style », édition Léon Brunschvicg.

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